Guide du web chinois

Localiser un site pour la Chine : une refonte complète

Traduire votre site en chinois représente environ 10 % du travail réel. Les 90 % restants concernent les paiements, les signaux de confiance, les codes culturels et les standards de service client auxquels la plupart des entreprises occidentales n'ont même pas songé.

Par , Fondateur et directeur général

Affichez un prix à 888 RMB : vous évoquez la prospérité. Affichez-le à 444 : vous associez votre produit à la mort. Tout l’écart entre un site traduit et un site localisé tient dans cet exemple. La vraie localisation pour la Chine déborde largement la langue. Elle touche aux paiements, aux marqueurs de confiance, au registre éditorial, à la réactivité du service client et à toute une série de codes culturels que la plupart des entreprises étrangères ne détectent qu’une fois le mal fait.

La localisation en bref

DomaineCe qui est attendu
LangueChinois simplifié pour le continent (plus de 95 % des utilisateurs)
PaiementsAlipay et WeChat Pay (plus de 90 % du paiement mobile)
Signaux de confianceBadge ICP, numéro de téléphone chinois, contact QQ, témoignages
Ton éditorialFormel, respectueux, récit plutôt qu’argumentaire frontal
Preuve socialeNombre de clients, années d’activité, taux de satisfaction, témoignages vidéo
Service clientMoins de 5 min au téléphone, moins de 2 min sur WeChat et QQ, mandarin obligatoire
Adaptation culturelleVisuels locaux, symbolique des chiffres, revue des sensibilités politiques et culturelles

Langue : chinois simplifié, point final

Continent chinois égale chinois simplifié. Plus de 95 % des utilisateurs sur le continent lisent et écrivent en caractères simplifiés. Le chinois traditionnel, c’est Taïwan et Hong Kong. Si la cible est le continent, la question ne se pose pas.

L’erreur la plus courante porte sur la qualité de l’écriture, davantage que sur le jeu de caractères. Un texte passé à la machine sonne faux dès la première phrase. Un texte rédigé par un non-natif sonne pire encore. Dans les deux cas, la crédibilité s’effondre d’entrée. Le contenu doit être produit par des locuteurs natifs du chinois simplifié qui connaissent leur public. C’est le poste sur lequel il ne faut pas lésiner.

Paiements : Alipay et WeChat Pay, ou rien

Mode de paiementPosition sur le marché
Alipay et WeChat Pay combinésPlus de 90 % du paiement mobile, 969 millions d’utilisateurs
Cartes bancaires (Visa, Mastercard)Présentes mais rarement utilisées en ligne

À elles deux, Alipay et WeChat Pay concentrent plus de 90 % du marché chinois du paiement mobile. 969 millions d’utilisateurs. Les cartes bancaires existent en Chine, sans être le réflexe pour acheter en ligne. Loin de là.

Qu’un consommateur chinois tombe sur une page de paiement qui n’accepte que Visa et Mastercard, et il s’en va. Payer par Alipay ou WeChat Pay est tout simplement la manière d’acheter en ligne en Chine. L’équivalent, pour un Américain, d’un site qui n’accepterait que le virement bancaire. Techniquement possible. Personne ne le fait. Sans ces deux moyens de paiement, votre tunnel d’achat est inopérant pour les clients chinois.

Alipay et WeChat Pay combinés : plus de 90 % du paiement mobile en Chine. 969 millions d’utilisateurs. Une page de paiement qui ne propose que Visa et Mastercard ne constitue pas un tunnel de paiement.

Signaux de confiance : ce que les internautes chinois vérifient en premier

Les internautes chinois passent chaque site à la même grille, et cette grille n’a rien d’occidental. Sans ces marqueurs, le site paraît suspect aux yeux du public local.

Le numéro ICP dans le pied de page. Un numéro de téléphone chinois. QQ comme canal de contact, gage d’une accessibilité locale qu’une simple adresse courriel ne véhicule pas. Des témoignages clients, surtout chinois.

Sans ces éléments, le site est perçu comme étranger, voire peu fiable. Dans les deux cas, l’achat ne se conclura pas.

Ton éditorial : remiser l’argumentaire frontal

Les sites occidentaux carburent aux affirmations audacieuses et à l’assurance décontractée. Le public chinois ne réagit pas à ces ressorts.

La formalité pèse. Le respect pèse. Un récit qui construit la confiance au fil de la page l’emporte sur un titre claironnant « Nous sommes les meilleurs ». La crédibilité se bâtit par le récit. « Voici notre histoire, voici combien de clients nous font confiance, voici ce que nous défendons » fonctionne presque toujours mieux que « Voici pourquoi vous devriez acheter chez nous » sur le marché chinois. Les entreprises qui importent leur ton marketing occidental sans l’ajuster passent pour agressives ou superficielles. Une image à éviter quand il s’agit de bâtir la confiance sur un nouveau marché.

Preuve sociale : mettre les chiffres en avant

La preuve sociale marche partout. En Chine, elle relève de l’obligation plus que de l’atout.

Les consommateurs chinois cherchent des marqueurs concrets et visibles : nombre de clients, années d’existence, taux de satisfaction, témoignages vidéo de personnes réelles. 50 000 clients au compteur ? Pas de fausse modestie : affichez le chiffre sur la page d’accueil. 15 ans d’activité ? Dites-le. Les témoignages vidéo surclassent nettement les citations écrites. Plus la preuve est palpable, chiffres à l’appui, plus elle pèse dans la décision d’achat.

Service client : la rapidité chinoise, pas la rapidité occidentale

IndicateurNorme attendue
Disponibilité en haute saison24 h/24, 7 j/7
Temps de réponse au téléphoneMoins de 5 minutes
Temps de réponse sur WeChat et QQMoins de 2 minutes
LangueMandarin obligatoire

La plupart des entreprises étrangères n’ont pas idée de ce que représente le service client en Chine.

En pleine saison, la disponibilité 24 h/24 est la norme. Les délais de réponse se chiffrent en minutes : moins de 5 au téléphone, moins de 2 sur WeChat ou QQ. Le mandarin est impératif. Un service client uniquement anglophone se lit, côté consommateur chinois, comme l’aveu qu’on ne prend pas son marché au sérieux.

Les concurrents locaux répondent en 90 secondes. Qui ne s’en approche pas perd le client.

Moins de 5 minutes au téléphone. Moins de 2 minutes sur WeChat. Mandarin obligatoire. Le seuil minimal.

Adaptation culturelle : le terrain qui fait trébucher

Au-delà de ces standards, la localisation tient davantage du parcours d’obstacles que d’une liste de cases à cocher.

Les chiffres. Dans la culture chinoise, le 8 évoque la richesse et la prospérité. Le 6 symbolise la chance. Le 9 renvoie à la longévité. Et le 4 est associé à la mort. Rien de pittoresque : ces associations structurent la lecture qu’un consommateur chinois fait d’une marque, d’un prix, d’un nom de produit. Un tarif à 888 RMB se lit comme intentionnel, de bon augure. Un tarif à 444 trahit l’ignorance ou la négligence. Aucune de ces deux lectures ne sert votre marque.

Le 8 évoque la prospérité. Le 6 symbolise la chance. Le 9 renvoie à la longévité. Le 4 est associé à la mort. Les consommateurs chinois repèrent instantanément les erreurs de chiffres dans vos prix et noms de produits.

Les visuels. Les photos de banques d’images peuplées de visages occidentaux, de bureaux occidentaux, de modes de vie occidentaux installent une distance immédiate. Les utilisateurs chinois veulent voir leur propre marché. Remplacez ces visuels par des images qui parlent au public local.

Les sensibilités politiques et culturelles. Une carte qui omet Taïwan comme partie intégrante de la Chine. Des références au Tibet ou au Xinjiang susceptibles d’être jugées politiquement sensibles. Des visuels qui flirtent avec des tabous culturels. Rien de théorique : ces faux pas déclenchent des blocages de sites et des campagnes de dénonciation publique. Les entreprises qui traitent ces questions à la légère finissent toujours par l’apprendre à leurs dépens.

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