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Données personnelles en Chine : PIPL, DSL et loi sur la cybersécurité

Si votre site récolte la moindre donnée personnelle auprès d'utilisateurs chinois, trois lois s'imposent à vous. Que votre société siège à New York, à Londres ou à Berlin.

Par , Fondateur et directeur général

Beaucoup d’entreprises étrangères s’imaginent que les lois chinoises sur la protection des données ne visent que les sociétés disposant d’un bureau à Pékin ou à Shanghai. C’est faux. Le PIPL, l’équivalent chinois du RGPD, couvre toute entité qui traite des informations personnelles de résidents chinois, où qu’elle se trouve. Si votre site dépose des cookies, collecte des adresses e-mail ou suit le comportement de visiteurs situés en Chine, vous êtes dans le périmètre. En cas d’infraction grave, l’addition grimpe jusqu’à 50 millions de RMB ou 5 % du chiffre d’affaires de l’exercice précédent. Les audits de conformité sont obligatoires depuis mai 2025. C’est en cours.

Trois lois, un panorama

PIPLLoi sur la sécurité des donnéesLoi sur la cybersécurité
En vigueur depuisNovembre 2021Septembre 2021Juin 2017
PérimètreDonnées personnelles des résidents chinoisEnsemble des données traitées en ChineOpérations réseau en Chine
S’applique aux entreprises étrangères hors de Chine ?OuiUniquement en cas d’activités en ChineUniquement en cas d’activités en Chine
Transferts transfrontaliersÉvaluation de sécurité, contrats types ou certificationRestrictions sur les données sensiblesÉvaluation de sécurité requise
Sanction principaleJusqu’à 50 M RMB ou 5 % du CAAmendes et fermeture possibleAmendes et retrait de licence
Audits obligatoiresOui (depuis mai 2025)Classification requiseÉvaluations de sécurité

PIPL : la loi qui vous suit partout

La loi sur la protection des informations personnelles est entrée en vigueur en novembre 2021. C’est celle que les entreprises étrangères doivent maîtriser en priorité. Au contraire des deux autres textes du cadre chinois, le PIPL affiche une portée extraterritoriale : il s’applique à toute entité, où qu’elle soit, dès lors qu’elle traite des informations personnelles de personnes résidant en Chine.

En clair : si votre site s’adresse à des utilisateurs chinois et collecte quoi que ce soit, noms, adresses e-mail, numéros de téléphone, données de navigation, identifiants d’appareils, le PIPL vous concerne. Peu importe que votre siège soit à Shanghai, à San Francisco ou à Stockholm. Peu importe que vous n’ayez jamais posé le pied en Chine. Dès lors que les données appartiennent à des résidents chinois, la loi s’applique.

Le PIPL a une portée extraterritoriale. Toute entreprise qui traite des données personnelles de résidents chinois y est soumise, quel que soit son pays d’implantation.

Les audits de conformité sont obligatoires depuis mai 2025. Au-delà d’un million de personnes dont les données sont traitées, la nomination d’un délégué à la protection des données s’impose. Les transferts transfrontaliers, autrement dit toute donnée d’utilisateur chinois qui quitte le territoire, exigent au choix une évaluation de sécurité gouvernementale, des clauses contractuelles types ou une certification par un organisme agréé. Rapatrier les données sur des serveurs à Francfort en considérant l’affaire pliée n’est plus une option.

Côté sanctions : jusqu’à 50 millions de RMB ou 5 % du chiffre d’affaires de l’exercice précédent, le montant le plus élevé l’emportant. Les dirigeants peuvent aussi voir leur responsabilité personnelle engagée. Pour qui a déjà vécu une mise en conformité au RGPD, l’architecture sera familière et l’ordre de grandeur des sanctions comparable.

Infractions graves au PIPL : jusqu’à 50 millions de RMB ou 5 % du chiffre d’affaires de l’exercice précédent. Les dirigeants peuvent voir leur responsabilité personnelle engagée.

DSL et loi sur la cybersécurité : les deux autres piliers

La loi sur la sécurité des données (septembre 2021) et la loi sur la cybersécurité (juin 2017) complètent l’édifice. Elles visent avant tout les entreprises dont les opérations ou le traitement des données s’effectuent physiquement en Chine.

Le DSL recouvre l’ensemble des données traitées en Chine, bien au-delà des seules données personnelles. Il pose 3 niveaux de classification : données fondamentales de l’État, données sensibles, données générales. Les entreprises doivent bâtir des systèmes de classification et appliquer des mesures de protection adaptées à chaque catégorie. Le transfert transfrontalier de données sensibles fait l’objet de restrictions supplémentaires et peut requérir un feu vert des autorités.

La loi sur la cybersécurité, la plus ancienne des trois, impose aux opérateurs de réseaux de stocker sur des serveurs chinois les données générées en Chine. Les opérateurs d’infrastructures d’information critiques sont soumis à un régime plus strict : évaluations de sécurité obligatoires, protocoles renforcés, exigences déclaratives plus contraignantes.

Pour la plupart des entreprises étrangères qui exploitent un site à destination des utilisateurs chinois, le PIPL est le texte à traiter en premier. Le DSL et la loi sur la cybersécurité prennent toute leur portée dès lors qu’on dispose de serveurs, de personnel ou d’opérations de traitement en Chine continentale.

Ce que les entreprises étrangères doivent concrètement mettre en place

Si votre entreprise collecte ou traite des données d’utilisateurs chinois sous quelque forme que ce soit, les points qui suivent relèvent de l’obligation légale, et non du conseil avisé.

ExigenceDétails
Délégué à la protection des donnéesObligatoire au-delà d’1 million de personnes concernées
Classification des donnéesCartographier les données collectées selon les catégories du DSL
Stockage des donnéesDonnées des utilisateurs chinois sur des serveurs en Chine continentale
Consentement expliciteAccord actif et éclairé de l’utilisateur avant toute collecte
Évaluation transfrontalièreÉvaluation gouvernementale, contrats types ou certification
Audits de conformitéObligatoires au titre du PIPL depuis mai 2025
Procédure de notification en cas de violationÀ établir avant qu’un incident ne survienne

Nommer un DPD. Au-delà d’un million de personnes dont les données sont traitées, la désignation d’un délégué à la protection des données est imposée par le PIPL.

Classifier ses données : recenser ce qui est collecté, mesurer le niveau de sensibilité, établir la correspondance avec les catégories du DSL. Les données fondamentales de l’État et les données sensibles entraînent des obligations renforcées.

Stocker les données des utilisateurs chinois en Chine. Les données personnelles des résidents chinois doivent résider sur des serveurs physiquement installés en Chine continentale. Exigence de la loi sur la cybersécurité, prolongée par le PIPL.

Recueillir un consentement réel. Avant toute collecte d’informations personnelles, un consentement explicite et éclairé doit être donné activement par l’utilisateur. Les cases pré-cochées ne suffisent pas. Les conditions enfouies dans un pied de page que personne ne lit non plus.

Consentement explicite signifie que l’utilisateur accepte activement. Les cases pré-cochées et le consentement implicite par la poursuite de la navigation ne satisfont pas au PIPL.

Ce point bouscule beaucoup d’entreprises rodées à l’approche « en poursuivant votre navigation, vous acceptez ».

Encadrer les transferts transfrontaliers. Si des données d’utilisateurs chinois doivent quitter le territoire, vers des serveurs en Europe ou aux États-Unis par exemple, il faut passer par une évaluation de sécurité gouvernementale, des contrats types ou une certification. Aucun raccourci, aucun seuil d’exemption pour les faibles volumes.

Mener des audits de conformité. Obligatoires au titre du PIPL depuis mai 2025. Un processus continu, sous le regard des auditeurs.

Préparer les procédures de notification avant d’en avoir besoin. En cas de violation de données, l’obligation de notifier autorités et personnes concernées s’applique dans des délais imposés. Les entreprises qui n’écrivent leur procédure qu’une fois l’incident survenu se retrouvent en bien plus mauvaise posture.

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